dimanche 6 avril 2014

Besançon : prothèses PIP : d’autres marques dans le collimateur

Quatre ans. Quatre longues années que le scandale des prothèses PIP a éclaté en France. Et aucune trace d’usure ou de lassitude chez Alexandra Blachère, la présidente bisontine de l’Association des porteuses de prothèses PIP qui tenait hier à Besançon son assemblée générale annuelle.
La décision de justice rendue en décembre dernier contre le fondateur de PIP, Jean-Claude Mas, a partiellement contenté les milliers de porteuses qui attendent aujourd’hui beaucoup du procès en appel pour tromperie aggravée. « Il devrait se dérouler courant 2015 à Aix-en-Provence », précise Alexandra Blachère. Une deuxième instruction est en cours, cette fois-ci pour « blessures et homicide involontaires ». « On continue à amasser les preuves et les témoignages. » Une démarche à la fois lourde et efficace. Facilitée par les relations électroniques que les membres entretiennent via le forum de l’association, toujours aussi actif.
Cet incontournable support a notamment permis de sensibiliser PPP à un nouveau phénomène. « On a décidé de modifier les statuts de l’association en élargissant notre champ d’actions à d’autres marques de prothèses car les échanges sur le forum nous ont permis de nous rendre compte qu’il y a de plus en plus de femmes qui rencontrent des soucis avec d’autres marques, notamment Allergan. Cela nous étonne qu’à moitié car ils travaillaient avec PIP par le passé. J’ai moi-même vu une vidéo d’extraction de prothèse Allergan qui avait rompu, on ne voit pas la différence avec les PIP. »
On ne peut pas imaginer que l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), anciennement l’Afssaps, n’ait pas élargi ses recherches post-révélation à d’autres marques ? Dans ce dossier épineux, Alexandra Blachère a appris à en voir des vertes et des pas mûres. « On sait qu’avec Allergan, il y a aussi des ruptures précoces. J’ai l’impression de revivre les mêmes événements qu’avec PIP au début. Il y a de grandes similitudes. Sauf qu’Allergan a verrouillé tous les contrats, c’est la notice parapluie. S’il y a rupture, ils envoient une nouvelle paire de prothèses au chirurgien qui les renvoie au labo pour destruction. Ni vu, ni connu. »

2 473 adhérentes

L’assemblée générale d’hier a également été rythmée par la présentation des études que vont mener les chercheurs de l’Inserm et de l’Institut Gustave-Roussy. « Ils vont mettre en place une cohorte de 4 000 porteuses de prothèses, moitié PIP moitié autres marques, afin de voir l’évolution chez les porteuses à nouveau implantées. »
Les chirurgiens bisontins, qui ont abondamment opéré à l’aide de PIP, auront-ils le micro ? « On ne les a pas invités. Il faut quand même reconnaître au Pr Tropet, du CHU Minjoz, le fait qu’il réopère les femmes pour le prix des prothèses, 350 €. C’est à souligner car ils sont peu à le faire en France. »
L’argent, le nerf de la guerre. Les « Pipettes » attendent toujours qu’un fonds d’indemnisation et de solidarité soit mis en place. Comme cela a été fait pour d’autres scandales de santé publique. En attendant, elles continuent à montrer leur unité. « Le nombre d’adhérentes augmente tranquillement. On est aujourd’hui 2 473. Et, quatre ans après le début du dossier, je reçois encore des coups de téléphone de femmes porteuses victimes de rupture, qui découvrent l’existence de l’association. » Le combat se poursuit. « C’est d’ailleurs une des actions que l’on va mettre en place dans les semaines qui viennent. Je souhaite aller à la rencontre des adhérentes, me déplacer en région pour qu’elles sentent l’association encore plus proche de leur préoccupation. »

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/04/06/protheses-pip-d-autres-marques-dans-le-collimateur

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