mardi 7 avril 2015

Besançon : un toit pour remonter la pente

Grâce à la main tendue par la Bisontine Alicia Fachin, Bernard, un SDF de 34 ans, va se reconstruire une identité. Cette expérience fructueuse va servir de tremplin à la création de l’association « Sans abri mais pas sans amis ». Rencontre.
Elle ne paye pas forcément de mine cette caravane plantée sur un des emplacements du camping municipal de Chalezeule. Mais Alicia Fachin lui a donné une âme. Une raison d’être. La jeune femme, maman depuis peu, destine depuis toujours une part de sa bienveillance à la protection des animaux. Un lien affectif inaltérable qui l’entraîne aujourd’hui dans une aventure altruiste exceptionnelle née le 3 mars au soir, au centre-ville de Besançon, lorsque son infinie mansuétude a croisé l’itinéraire bouleversé de Bernard et Ramsès, un SDF et son jeune chien.

« Je veux t’aider »

L’homme de 34 ans tendait le creux de sa main pour quelques pièces. Il a reçu bien plus. « C’est la première fois qu’une personne s’arrêtait et se penchait ainsi sur moi », observe avec une sorte d’éclat dans les yeux le sans domicile fixe, originaire de La Rochelle, arrivé dans le Doubs il y a une dizaine d’années. « Habituellement, les gens vous donnent de l’argent et ça s’arrête là mais Alicia, c’était l’inverse. Elle m’a tout de suite dit ’’je vis chichement mais je veux t’aider, te donner à manger, t’héberger. Je veux t’aider à te poser pour repartir du bon pied” ». Tourner le dos à cette vie d’errance à laquelle « Bernie » a été contraint, prisonnier malgré lui d’un vortex l’entraînant inéluctablement vers le fond.
« Il y a plus d’un an, j’ai eu un accident au bras gauche qui m’a fait perdre mon emploi de paysagiste. Plus de salaire donc impossible de conserver mon logement à Pontarlier ». Début de la galère. Des jours et nuits dans la rue à « squatter les halls de banque pour trouver un endroit au chaud. Toutes les semaines, je devais voir le chirurgien qui m’a opéré au bras et, comme je n’avais pas de moyen de locomotion, je me suis finalement rapproché de Besançon ».

Les chiens, c’est dehors !

Les squats, la manche, une vie brutalisée par les conditions climatiques, l’insécurité et l’intransigeance de certains sites d’accueil des SDF où la porte se referme sur le nez de Bernie. Et sur le museau de Ramsès, non admis. C’est ainsi, le meilleur ami de l’homme doit coucher dehors. Bernard n’aboie pas, se résoud à réintégrer son extérieur. Avec son inséparable « compagnie, son compère ». Son ange gardien.
Bernie et Ramsès retrouvent leur quotidien. Le parking des Beaux-Arts comme toit la nuit. Le moral à l’étiage. « J’étais en train de sérieusement baisser les bras ». Lorsqu’une main s’est tendue. Celle d’Alicia, touchée par le parcours chaotique du trentenaire. Et par son envie de s’extraire de cette mauvaise phase. « Le soir où je les ai rencontrés dans la rue, je leur ai d’abord proposé de leur offrir une nuit d’hôtel. Puis il m’est venu l’idée de lancer un appel via les réseaux sociaux. Une cagnotte a assez rapidement été constituée qui a permis de récolter 220 € qui ont été débloqués pour leur payer plusieurs nuits d’hôtel ». L’élan de solidarité dépasse les espérances. « Des particuliers ont même proposé de les héberger quelques nuits. On lui a offert une couette, des chaussures, une coupe de cheveux, des jouets et des friandises pour son chien… » Boostée par cette pulsion généreuse, Alicia adresse un deuxième message, cette fois-ci pour trouver un toit ». Une caravane, en fait, que les dons spontanés ont permis d’acquérir et d’installer sur un des emplacements du camping municipal de Chalezeule. Bernard et Ramsès s’y sont installés il y a une dizaine de jours.
Le temps pour Bernie de se reconstruire. De refaire ses papiers perdus ou volés. « Heureusement, j’ai pu récupérer, il y a une quinzaine de jours ma carte d’identité, au service des objets trouvés ». Un premier sésame indispensable pour espérer plus. C’est-à-dire exister à nouveau dans les fichiers de la société civile. Et à terme retrouver un emploi. Un logement. Une stabilité. « Je n’ai pas dormi dehors depuis qu’Alicia a lancé l’appel. Je lui suis extrêmement reconnaissant. Avec sa volonté, ses idées, et mon envie de m’en sortir, on a réussi alors que les assistantes sociales que j’étais allé voir n’ont jamais trouvé de solutions par rapport à ma situation ».

http://www.estrepublicain.fr/edition-de-besancon/2015/04/07/besancon-un-toit-pour-remonter-la-pente

Aucun commentaire: